Les Clés du Succès
Analyse des journées de CAEN 2006
Si raconter un événement datant de deux mois émousse l’intérêt, analyser les raisons de son succès est riche d’enseignement.
Déjà signalé dans la première partie, le lieu se prête particulièrement à ce genre de manifestation.
De multiples salles insonorisées permettent les répétitions et préparations pendant le déroulement d’autres prestations ; découverte un peu tard, une salle studio s’ouvrant aux « essayeurs » d’instruments tout à l’écoute de ce qu’ils expérimentent, sans perturber non plus l’exposition et son atmosphère bon enfant.
L’organisation déjà citée, avec ce personnel attentif et zélé, charmant, la logistique, un directeur discret mais bien présent et P. Gallon partout en même temps, veillant au grain.
Le thème régionaliste, fil conducteur du week end est probablement mobilisateur, mais présente aussi une recherche bien étoffée sur la vie musicale en Normandie durant les 14è-15è-16è-17è siècles.
Les trois grands concerts sont annoncés partout au même titre que les autres grandes manifestations musicales de la municipalité (concert, opéras etc. …).
La foule a suivi sans supputer que la musique pour luth doit rester confidentielle, jouée pour et par des semi névrosés ; elle est venue au spectacle et ressortie éblouie.
Tous les concerts sont exécutés par des musiciens de niveau professionnel, ils sont aussi ces professeurs qui nombreux présentaient leurs élèves lors du concert des classes du dimanche matin. Ils ont mouillés leur chemise….Mais l’effet est là : public enthousiaste, élèves ravis, parents probablement comblés.
Master class réservée aux classes de luth de la région (on a entendu toutes les classes d’âge, de la petite Saphia à P. Kernoa), concerts et mini concerts de grandes pointures, concerts des classes de luth (enfants, ados, adultes) ; toutes les générations sont montées sur le plateau et le bonheur des enfants (les luthistes de demain) promet un avenir qui chante.
Le mélange des timbres, (un élément qui me tient beaucoup à cœur), luth et voix, luth et flûte, luth, théorbe et violon baroque, broken consort, consort de luth et quatre voix pour le final, voilà qui émoustille ou charme l’oreille et l’œil, qui tient en haleine, qui distingue les voix, voilà qui sort le luth du ghetto ronronnant où parfois il s’enferme.
La présence de nombreux enfants et jeunes gens sur le plateau interpelle. Y aurait-il une recette ? Renseignement pris, c’est comme une recette de grand-mère, il faut un peu de tout et beaucoup de soi-même ! Je détaille.
Le recrutement n’est pas évident : aucun crieur public pour annoncer qu’un tel professeur rêve d’ouvrir une classe de luth mais que le pouvoir organisateur n’autorisera pas une classe vide ; aucune foule en émoi ne se presse à l’entrée du conservatoire réclamant à grand cris, l’ouverture de classe de luth pour leurs enfants ! Alors quelle chimie a pris ici et là et comment et pourquoi… ?
Pas de miracle, il faut du courage, de l’investissement personnel, du travail, du travail et de la conviction.
· Pour faire accepter aux parents d’inscrire leurs enfants en classe de « luth » ou de « cordes », alors qu’ils souhaitent la guitare pour leurs chers petits.
· Expliquer que les cours de guitare sont complets, que l’alternative proposée est particulièrement adaptée par la plus faible tension des cordes, aux mains et aux bras moins musclés des enfants.
· Que l’enfant ne sera pas confiné dans une voie obscure et sans avenir, mais ouverte à la musique avec les autres classes (flûtes, percussion, etc.…).
· Que le passage selon le désir de l’enfant plus tard, vers la guitare ne souffrira pas de ce choix-ci.
· Que le répertoire ludique et entraînant est spécialement adapté aux enfants, il ne se restreint pas à la musique dite « ancienne ».
· Que plusieurs possibilités existent pour emprunter un instrument.
Il faut donc trouver des instruments.
Les amitiés, la collaboration avec les luthiers sont un point central. L’exemple de Caen : la forte amitié qui lie Jean-Louis Marie (cité dans Candide à Caen) cofondateur de groupe Phalèse Consort, avec Pascal Gallon, a permis de fournir aux classes, des instruments « premières ébauches » sorties de son atelier, des instruments d’occasions réparés, des instruments d’études adaptés aux enfants.
Enfin l’investissement personnel de P. Gallon qui met en prêt plus d’une dizaine d’instruments lui appartenant.
L’association des parents a financé deux instruments et le conservatoire en prête un certain nombre. Un financement forfaitaire semble-t-il responsabilise les famille et assure un mini financement du système.
Après un ou deux ans, confirmant le choix de la classe, il est proposé d’acheter un instrument personnel. Ce qui libère un instrument de prêt, pour un nouveau débutant.
Suivant les sensibilités, pour débuter, la guitare renaissance est prisée chez P. Gallon à Caen (http://luth.chez-alice.fr/), mais c’est la petite mandore qui a la faveur de Céline Férru, (http://celineferru.free.fr) dans la région parisienne, de Cyril Gilbert dans la région du Mans, (http://mapage.noos.fr/luthinfo/), et les petits luths 44 ou 51 cm ne sont pas en reste.
La petite Saphia emporte sa guitare dans sa housse souple à l’école où elle la range dans une pièce fermée à clé (je crois me souvenir qu’elle prend les transports en commun). Après les cours, elle se rend au conservatoire voisin tout simplement.
Certains élèves sont en « horaires aménagés » école - conservatoire. La petite Saphia est l’enfant emblématique, mascotte des sites rapportant en photos, les journées de Caen, on l’a vue apprivoiser un petit luth samedi matin sur le stand de D. Jarny et ne plus le lâcher du week end.
Enfin et ce n’est pas le moins important, l’édition des « petites muses » par la SFL (achat en ligne possible sur le site de la SFL) est bien le résultat de tout ce travail pédagogique qui va maintenant, permettre à d’autres, de disposer de recueils particulièrement séduisants et adaptés à l’enseignement des enfants.
Pour terminer je dois citer pour en avoir été témoin et parce ce discours vous parle seulement de Caen, le charisme de P. Gallon qui transmet- aux enfants un véritable enthousiasme de la musique, à la mesure de son investissement personnel sans doute, doublé d’une très forte exigence (selon quelques confidences d’élèves). Une alchimie qui prend bien, puisque j’ai rencontré entre autres, des enfants passionnés et un ado particulièrement talentueux.
Voilà comment vaincre l’impossible, atteindre … l’inaccessible étoile…, il me reste à dire : maintenant à vous …. !
Candide
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